Les mots pour le dire

Mémoire du cœur

J’aime ces gens étranges
Des trous de plus en plus profonds se creusent dans leur mémoire
Des trous qui se remplissent de peurs, présentes ou passées, de plaies jamais guéries
Des trous qui délogent les interdits et les normes, d’où émergent des élans de vérité
Cette vérité commune à tous quand les masques ont fondu
Vérité nue, crue, intolérable, parfois cruelle
Vérité qui aime et déteste sans contrainte
Ce que la raison camoufle, l’Alzheimer le fait éclater au grand jour
L’inconscient se lézarde
Les blessures enfouies refont surface
Les photos flétries reprennent vie, comme les rêves révèlent ce que nous taisons le jour
Le temps passé devient présent
Et le présent n’est que l’instant

J’aime ces gens étranges
Leur raison déraisonne
Ils sont les délinquants de la comédie humaine

Le cœur ne fait pas d’Alzheimer
Il capte l’émotion et oublie l’événement
Saisit l’essentiel et néglige l’accessoire
Sent la fausseté des gestes et des paroles
Fuit le pouvoir et réclame la tendresse

Marie Gendron
Baluchon Alzheimer


Quand la mémoire flanche…

Un jour, jadis, une grande déclaration
Puis, parfois, une fleur ou un poème
Depuis maintenant bien des saisons
Jamais plus un seul « je t’aime »

Tu cherches encore mon nom
Que tu as dit mille fois
Il y a une hésitation
Dans le ton de ta voix

Ta mémoire veut s’échapper
Je voudrais tant la retenir
Pouvoir veiller sur les pensées
Rapatrier tes souvenirs

Quand la mémoire flanche
L’amour prend sa revanche

Je l’ai vu dans ton regard
Je l’ai lu sur ton sourire
Quand tu as tenu ma main plus fort
Quand tu m’as dit de revenir

Tu n’es plus qui tu es
Ta mémoire t’a trahi
Je pleure souvent, c’est vrai
J’ai mal de te voir ainsi

Lorsque je te dis « je t’aime »
Et qu’aussitôt tu l’oublies
Je le répéterai quand même
Ton cœur, lui, l’a compris

Quand la mémoire flanche
L’amour prend sa revanche

Quand ta mémoire te chantera
Une vieille mélodie
Je veux l’entendre moi aussi…

Quand ta mémoire se rappellera
Que tu as été petit
Je veux t’imaginer moi aussi…

Quand ta tête se tournera
Parce qu’un petit enfant rit
Je rirai moi aussi…

Quand ton regard s’illuminera
Devant une photo jaunie
Je serai émue moi aussi…

Quand la mémoire flanche
L’amour prend sa revanche
Mon réconfort dans cette noirceur
C’est ta très belle mémoire du cœur

Le temps reprend alors tous les droits
Et la vie tout son sens
On aura même le temps je crois
De faire plus ample connaissance…

À travers les saisons et les années
Je n’ai jamais cessé de t’aimer
Si elle ne veut plus se rappeler ta mémoire
Je la raconterai ton histoire…

Jacinthe Desroches

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